Qu'est-il arrivé à Marguerite Fulmer ? Le 11 avril 1991, la jeune artiste à qui tout réussit a quitté la demeure familiale, pour ne jamais revenir. Sans laisser la moindre explication, juste une chambre en désordre. Vingt-deux ans plus tard, sa soeur Georgene, mouton noir de la famille, entreprend de traquer en quarante-huit chapitres les maigres indices susceptibles d'élucider cette disparition : à commencer par une "robe-nuisette" Dior en soir blanche abandonnée sur le sol...
Peu à peu, Georgene résout une partie de l'énigme mais reste confrontée aux questions lancinantes : Marguerite s'est-elle enfuie pour échapper à l'un de ses soupirants ? A-t-elle été la victime d'un tueur en série local ? Ou assassinée par son mentor et collègue, le peintre Elke, qui a exploité sa mort dans une collection de tableaux macabres ? Mais les ruminations de la cadette révèlent aussi son caractère jaloux et instable. Serait-elle à l'origine de l'irréparable ?
Récit fragmenté où Joyce Carol Oates démontre une fois encore un art du suspense inégalé, 48 indices sur la disparition de ma soeur dresse les portraits kaléidoscopiques d'une femme, dont la mémoire est honorée de tous, et de sa soeur élevée à l'ombre d'une idole trop vite façonnée. Un jeu de piste délicieusement féroce.
Une fois de plus, la plume ô combien exquise et incisive de l'autrice nous transporte dans les méandres de l'esprit humain.
Comme la narratrice, le lecteur se pose d'innombrables questions sur ce qui a pu arriver à sa soeur, et, je crois bien, encore plus qu'elle. Chaque avancée, chaque nouveau détail apporté suscite d'autres interrogations... et perplexité.
Au-delà ce cela, face à cette disparition c'est aussi la réaction de toute une société qui est ici passée subtilement à la loupe, sous le regard de la narratrice. La police, les média, la famille et les proches eux-mêmes n'y échappent pas.
Certains faits de société tels les agressions, les disparitions, les meurtres de femmes sont subtilement évoqués, sans apporter aucune lourdeur.
Certaines considérations sur l'art et différentes conceptions du féminisme aussi.
Comme souvent avec Joyce Carol Oates, la narratrice est pour le moins... troublante. Sa façon de voir les choses, d'y réagir, mus par non seulement son caractère et l'amour porté à sa soeur - largement mâtiné de jalousie - vont provoquer chez elle des actions et réactions qu'elle-même ne semble avoir anticipés.
Et l'écriture habile de l'autrice ne nous permet pas toujours de savoir la part de réel et d'imaginaire de certaines scènes. La narratrice elle-même s'interroge.
Et la fin, forme d'apaisement de cette âme tourmentée est aussi logique que surprenante.
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