samedi 16 juin 2012

Guernica

4 de couv' :
Guernica, avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n'est pas qu'il se sente extérieur au conflit, il a même cherché à s'enrôler dans l'armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s'acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d'un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c'est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.
L'un comme l'autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu nous interrogent sur  les tragédies de la guerre et la nécessité de l'art pour en témoigner.


Ce court roman de 159 pages m'a beaucoup plu. Le prologue et l'épilogue se déroulent après Guernica et plus précisément en grande partie, lors de l'exposition universelle de Paris de la même année. Entre les deux, Guernica la veille et le jour du bombardement.

J'ai tout d'abord été un peu surprise, voire destabilisée par l'écriture de ce roman (note perso : ne plus jamais démarrer la lecture d'un roman à la pause déjeuner et dans le bus. Ce ne sont pas les meilleurs endroits/moments pour m'en imprégner), en particulier dans les premières pages où chaque paragraphe fait le plus souvent une phrase, donnant une impression un peu hachée à la lecture.
Surprise aussi par le fait qu'il n' a aucune indication pour signaler que l'on part du style narratif à un dialogue (ni tiret et guillemets) et inversement. Mais une fois pigé le truc, on s'immerge très vite dans l'histoire.

Cette écriture a donc une simplicité à l'état brut, qui va à l'essentiel. Elle peut donner une impression de destructuré (c'était du moins mon impression au début), comme la peinture de Picasso car l'une comme l'autre traduisent ce chaos qu'a été la destruction de Guernica.
Cette simplicité de l'écriture, cette aussi celle des habitants de Guernica, de leur vie, de leur quotidien et de leur bonheur d'alors, malgré la guerre civile qui se rapproche. Un portrait des habitants, des instantanés de leur vie.
Cette simplicité renforce une impression de témoignage de ces journées vécues par Basilio (ce n'est pourtant pas lui le narrateur), les détails qui restent ancrés dans la mémoire.

L'art aussi est au centre de ce roman, non seulement par la peinture de Picasso et de Basilio, mais sous toutes ses formes : poésie, photographie, et même musique lors de l'évocation d'un autre massacre, celui de Badajoz.
L'art, qui a travers les siècles a toujours été le mode de témoignage privilégié d'une époque. Et qui met en relief la réalité : dans les meilleurs moments en l'embellissant et ici, en en renforçant l'horreur vécue. Et il est question aussi de la difficulté pour l'artiste de mettre en valeur sans s'éloigner du réel.
La peinture de Guernica par Picasso reprend toutes l'horreur vécue par les habitants. On retrouve dans ce roman les éléments de cette peinture. Mais autant le tableau semble destructuré (on en parle souvent comme d'un "puzzle"), autant le roman reprend chaque pièce pour un faire un témoignage cohérent du drame.
L'un comme l'autre parvient, chacun à sa façon, à traduire ce qu'a pu être cette longue journée.

Un roman tout en finesse, un bel hommage aux victimes de cette petite ville sacrifiée aux allemands par les nationalistes.

Et vous vous en doutez, en bonne place pour le moment dans mon classement.
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